Un vin de Bordeaux est presque toujours un assemblage, et son étiquette indique d'abord une rive : merlot souple à l'est, cabernet plus tannique à l'ouest. Le CIVB recense 65 appellations sur un peu moins de 95 000 hectares en 2024, surtout en rouge.
Le vignoble bordelais, une mer de merlot
Le vignoble bordelais produit avant tout du vin rouge. Selon le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), la production de 2024 se répartit en 81 % de rouges, 10 % de blancs secs, 4 % de rosés, 4 % de crémants et 1 % de blancs doux. Les cépages noirs occupent 89 % des surfaces : merlot 66 %, cabernet sauvignon 22 %, cabernet franc 9 %, et 3 % pour le malbec, le petit verdot et la carménère.
Le CIVB présente Bordeaux comme le plus vaste vignoble de merlot au monde. Le chiffre de 110 000 à 120 000 hectares, encore souvent cité, date d'avant les arrachages : le CIVB compte un peu moins de 95 000 hectares en AOP en 2024, soit plus de six fois la surface de toute la vigne suisse.
Le lecteur suisse connaît ce cépage par le sud des Alpes. Le merlot couvre environ trois quarts du vignoble tessinois en 2025 selon les chiffres de l'OFAG, et il y a été vinifié pour la première fois en 1906 d'après Ticino Turismo. Le vignoble tessinois et son merlot donne ainsi une porte d'entrée familière vers les vins de la rive droite.
Rive gauche et rive droite, deux dominantes de cépages
La distinction entre rive gauche et rive droite est la première grille de lecture d'un bordeaux. Le CIVB oppose les vins souples à base de merlot de la rive droite, à Saint-Émilion ou Pomerol, et les vins plus tanniques à base de cabernet de la rive gauche, dans le Médoc et les Graves. Il s'agit de dominantes, pas de règles : la plupart des vins de Bordeaux sont des assemblages, et chaque propriété ajuste ses proportions selon ses parcelles et l'année.
Pour les blancs, l'assemblage repose sur le sauvignon blanc (44 % des surfaces blanches) et le sémillon (43 %), complétés par la muscadelle (5 %). Le sémillon apporte de la rondeur et se prête à la pourriture noble qui donne les liquoreux de Sauternes et de Barsac.
La Suisse pratique aussi l'assemblage, mais sur d'autres bases. La Dôle valaisanne réunit pinot noir et gamay, avec un pinot noir majoritaire, et les rouges de Genève ou de Vaud marient souvent les croisements nés à la station fédérale de recherche. Les croisements suisses gamaret et garanoir y jouent un rôle proche de celui du petit verdot à Bordeaux : de la couleur et de la structure en complément.
Le classement de 1855 et ce qu'il mesure vraiment
Le classement de 1855 des vins de Bordeaux est né d'une demande commerciale. Pour l'Exposition universelle de Paris, la Chambre de commerce de Bordeaux a demandé le 5 avril 1855 au syndicat des courtiers la liste des crus rouges classés, remise le 18 avril. Les courtiers se sont fondés sur la réputation et les prix de vente observés sur la durée, et non sur une dégustation.
Le classement compte cinq classes. Il n'a connu qu'une révision majeure, en juin 1973, avec la promotion d'un deuxième cru au rang de premier. Un classement distinct concerne les liquoreux de Sauternes et de Barsac. D'autres appellations bordelaises ont leurs propres classements, construits selon d'autres règles.
Le contraste avec la Suisse est net. Le Premier grand cru vaudois s'obtient sur un dossier technique examiné par une commission (sol, microclimat, orientation, pente, altitude), et le Grand Cru valaisan dépend d'un règlement communal. À Bordeaux, la mention « cru classé » reflète d'abord une réputation commerciale établie au XIXe siècle.
La vente en primeur, acheter un vin encore en élevage
La vente en primeur est une pratique bordelaise : le vin du dernier millésime est présenté au printemps qui suit la récolte, alors qu'il est encore en élevage, puis livré en bouteille un à deux ans plus tard. Elle concerne surtout les crus les plus réputés, dont les volumes sont limités.
Avant de réserver des primeurs de Bordeaux depuis la Suisse
- Vérifier qui stocke le vin pendant l'élevage, et jusqu'à quelle date la livraison est prévue.
- Faire préciser si le prix annoncé comprend le transport, le dédouanement et la TVA suisse.
- Lire les conditions en cas de retard ou de défaillance du vendeur.
- Prévoir une place en cave pour une garde de plusieurs années, faute de quoi l'achat perd son sens.
- Garder en tête que le prix d'un vin en primeur peut aussi bien monter que baisser après la livraison.
Les questions à poser à un marchand avant un tel achat sont développées dans le guide pour choisir un caviste et acheter en primeur.
Garder puis servir un bordeaux rouge, blanc ou liquoreux
La réputation de garde des bordeaux tient à l'équilibre entre l'acidité, les tanins et, pour les liquoreux, le sucre. L'apogée est une période, pas une date fixe : elle dépend du vin, du millésime, du format de la bouteille et de la cave. Une température stable, autour de 10 à 14 °C selon la plupart des guides, une hygrométrie autour de 70 % et des bouteilles couchées si elles sont bouchées en liège suffisent ; les détails figurent dans le guide pour conserver le vin à la maison.
Au service, le CIVB recommande 16 à 18 °C pour les rouges, un peu plus frais pour les vins souples à base de merlot et un peu plus chaud pour les vins tanniques à base de cabernet. Il donne environ 12 °C pour les blancs secs, 10 °C pour les rosés et 10 à 12 °C pour un sauternes.
Bordeaux vu de Suisse : réponses aux questions courantes
- Un merlot du Tessin peut-il remplacer un bordeaux à table ?
- Il partage le cépage dominant de la rive droite, mais pousse sous un autre climat et le plus souvent sans assemblage. Un merlot tessinois accompagne bien les mêmes plats qu'un saint-émilion, viandes rouges ou risotto aux champignons. Le profil reste différent, ce qui rend la comparaison instructive.
- Le classement de 1855 garantit-il la qualité de chaque millésime ?
- Le classement de 1855 hiérarchise des propriétés selon leur réputation et leurs prix au XIXe siècle, pas des bouteilles année par année. La qualité d'un vin varie avec la météo de chaque saison, ce que montre la lecture d'un tableau des millésimes. Un cru classé dans une année difficile peut décevoir.
- Bordeaux produit-il aussi des vins blancs ?
- Les blancs représentent environ 11 % de la production selon le CIVB, dont 10 % de blancs secs et 1 % de blancs doux. Ils associent surtout sauvignon blanc et sémillon. Les liquoreux de Sauternes et de Barsac en sont la forme la plus connue.
- Combien de temps attendre avant d'ouvrir un bordeaux rouge ?
- Aucune durée ne vaut pour tous les bordeaux : un vin d'appellation régionale se boit souvent dans ses premières années, un vin très tannique demande davantage de patience. Le producteur ou le marchand indique en général une période conseillée. La stabilité de la cave compte autant que le temps passé.
Bourgogne, Italie et Espagne complètent le tour des grands vignobles voisins appréciés en Suisse.
Sources : CIVB, « L'essentiel des vins de Bordeaux », édition 2025 ; CIVB, « Tout un art : comment bien servir le vin en 10 leçons », leçon 5 ; Conseil des grands crus classés en 1855, page « History » ; Le Journal des entreprises, « Primeur : un système spéculatif mais performant » ; Académie de Bordeaux, L. Ortega, « Le stockage et la conservation des vins », 2017 ; OFAG, « Das Weinjahr 2025, Weinwirtschaftliche Statistik », 7 mai 2026 ; Ticino Turismo, « Histoire : des vins exceptionnels made in Ticino » ; Canton de Vaud, Règlement sur les vins vaudois, version dès le 1er avril 2021 ; Canton du Valais, ordonnance sur la vigne et le vin, version 2017.

